Entretien avec Lucie Coeuru

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Pourquoi avoir traité du thème de la rivalité ?

J’ai toujours été fascinée par Abel et Caïn. Pour moi, s’il n’y avait qu’un mythe, ce serait celui-là. Les différentes civilisations ne s’y sont pas trompées : Romulus et Rémus, Osiris et Seth et dans un tout autre style Michael et Fredo Corleone. «le Chant des Sirènes», c’est un face-à-face entre deux frères, une tragédie moderne, un duel au cordeau. Warren, le flic déterminé versus Anderson, l’acteur mégalomane. Ils s’admirent, se jalousent, s’adorent et se provoquent. Wendy va être le cristalliseur d’une rivalité sourde. Elle va mettre à l’épreuve leur lien indéfectible fait de complicité et de compétition. Elle va, sans le vouloir, pousser Warren dans ses retranchements et raviver des plaies mal cicatrisées. Il y aura d’ailleurs échange de rôle. L’acteur devient flic et le flic devient acteur.

Warren ne peut plus rester dans l’ombre plus longtemps, lui qui a toujours rêvé de lumière. Ce qui est en jeu va bien au-delà de l’orgueil et de la virilité. Il n’y a pas de place pour deux. Faire un coup d’état et devenir fils unique. Ici, ce n’est pas tuer le père mais tuer le frère. Les liens du sang sont à double tranchant. Sacrifier cet autre qui est une partie de soi pour devenir un homme. Le fratricide comme rite initiatique. A différentes échelles, tout le monde peut être confronté à une situation où, le collègue, le conjoint, le coéquipier, le frère, peut devenir un rival : deux salariés pour une même promotion, deux actrices pour un même rôle, deux joueurs de football pour un même poste, deux fils pour une même mère.

Quelle a été votre direction artistique ?

Pour «le Chant des Sirènes», je voulais une direction artistique forte avec des décors naturels ayant une vraie atmosphère. Nous avons essayé de trouver des espaces spacieux, baroques et colorés. Nous avons tourné dans beaucoup de lieux différents ayant chacun leur identité propre notamment le théâtre du Châtelet, le Buddha bar, le boudoir de Chantal Thomass ou la falaise d’Etretat.

Qu’avez-vous appris ?

J’ai eu la confirmation qu’il était possible d’accomplir énormément à partir du moment où on s’entoure de personnes partageant les mêmes valeurs que nous. On est tous capable de bien plus que l’on imagine, les seules limites étant celles que l’on se met soi-même. A nous d’oublier d’en ériger.

J’ai eu la validation totale de mon désir de réaliser et jouer à la fois. Pour cela, il suffit de mettre en place un organigramme spécifique.

J’ai compris deux choses primordiales :

  • Ne pas hésiter à être créatif et novateur pour tout (montage financier, production, distribution, etc). Ne pas se cantonner à un système. Ecouter son instinct.

  • Et deuxièmement, il faut se battre pour tout, tout le temps et jusqu’au bout. Une fois qu’on a compris ça, on est paré.